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Diabète & psychologie part II : l’image de soi

QUOTIDIEN

On continue cette série d’articles avec « L’image de soi’. Comme le précédent, « L’annonce », cet article a été réalisé en collaboration avec Line Dumasdelage, qui est psychologue et aussi diabétique de type 1. (Petite présentation en fin d’article)

Je vous laisse parcourir les thèmes, dans lesquels vous trouverez à chaque fois la vision de Line selon mes mots, ainsi que mes propres interventions, en gras italique.

N’hésitez pas à me faire vos retours. Si cela vous a touché, interpellé, ou si au contraire, vous ne vous êtes pas reconnus dans cet article et pourquoi.

Je parle de la découverte de notre Diabète. Un grand sujet plein d’émotions, une étape très importante, et un tout nouveau monde qui se force à nous.

Que ce soit le traitement en lui-même, où tous les dispositifs avec lesquels on doit vivre au quotidien, le Diabète change notre image de nous.

Et comment aborder le Diabète sans mentionner la fameuse charge mentale. Une nouvelle vie, organisation, responsabilités… et inquiétudes.

L’image de soi

L’image de soi est également un grand sujet concernant le Diabète de type 1 (ou tout autre maladie chronique d’ailleurs).

J’ai eu l’occasion d’en parler dans plusieurs articles, notamment mon fameux « Le Diabète sur la peau », ou encore « Porter une pompe à tubulure » et « Comment porter un capteur ». Ici, nous parlerons exclusivement de l’aspect psychologique.

Le Diabète change notre image, notre reflet et surtout notre perception de nous. Une fois l’annonce plus ou moins digérée, il va aussi falloir accepter et travailler cette nouvelle image de soi. Cette nouvelle vision de nous, malgré la maladie bien sûr, mais surtout tout ce que cela implique : les injections, porter des choses sur soi, une nouvelle organisation, etc.

Et oui, le cerveau doit s’adapter, mais également notre petit corps ! (puis notre cerveau de nouveau, tout est lié…)

On apprend finalement à « faire mal à notre corps pour le soigner ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas banal comme démarche, non ?

Apprivoiser son traitement & matériel

S'habituer à ses dispositifs

La relation à notre Diabète

Le regard des autres

1- Apprivoiser son traitement

Vivre avec le Diabète de type 1, c’est porter un capteur de glycémie pendant une dizaine de jours, se piquer le bout du doigt pour vérifier sa glycémie capillaire, porter une pompe à insuline ou se faire des injections. C’est intrusif, c’est brutal, et cela laisse des traces, que ce soit en nous ou sur nous. Il y a forcément une adaptation.

Puis vous avez beau avoir réussi à devenir le roi/ la reine des piqûres et changement de capteurs, le corps lui, ne s’habitue pas. Il s’use. Vous allez devoir varier les zones de pose de capteurs pour éviter les cicatrices, et comprendre comment éviter les allergies avec votre cathéter, ou les bleus avec vos injections. Le temps où le Diabète était strictement invisible est révolu.

Gisèle : J’ai réellement compris ce que ça impliquait de vivre avec un capteur de glycémie lorsque j’ai dû réapprendre à passer les portes. Au début, je les mettais exclusivement sur les bras, comme préconisé en hôpital, et je me l’arrachais régulièrement dans les embrasures de portes. J’ai dû apprivoiser ce nouveau volume. J’ai dû changer ma façon de faire une action aussi naturelle pour moi que respirer…

2- S’habituer à nos dispositifs

Tous nos dispositifs, qu’ils soient directement sur notre corps ou à proximité (hello à tous nos sacs à main, sacoches, sacs banane et poches en tout genre…), font partie de notre quotidien. Ce n’est pas donc pas une surprise : la façon dont on cohabite avec notre Diabète touche notre estime de soi et l’image que l’on a de nous.

Gisèle : J’ai mis beaucoup de temps à accepter le premier FSL sur mon bras. Le changement me terrifiait bien sûr, mais surtout, je n’avais jamais porté le Diabète sur ma peau. Aujourd’hui, le fait de ne plus pouvoir ranger mon Diabète dans une pochette, car je porte une pompe à insuline, a complètement changé ma manière de le vivre.

3- La relation à notre Diabète

Comment traitez-vous votre Diabète ? Lui parlez-vous ? L’insultez-vous ? Le considérez-vous comme une menace ? un ennemi ? un monstre ? un compagnon ou un coloc ?

IL arrive qu’on en veuille à notre corps. Ce corps que l’on vit comme « désorganisé » ou même « cassé » : même pas foutu de nous fournir l’insuline nécessaire !

 

Mais attention, nous avons beau personnifier notre Diabète, il n’en reste pas moins…nous-même.  Autrement dit, si vous manquez de bienveillance, de douceur ou de respect pour votre Diabète, n’oubliez jamais que c’est VOUS, que vous traitez mal.

Gisèle : J’ai commencé à personnifier mon Diabète en utilisant un capteur de glycémie. Une fois les courbes sous les yeux, je lui reprochais de me mener la vie dure. À chaque alarme, je l’insultais très violemment. Je n’avais pas conscience de l’énergie que ça me prenait et encore moins des ondes négatives que j’installais.

Depuis que je suis sous boucle fermée, je suis en paix avec mon Diabète. Je ne dis pas qu’il est sage, mais ayant davantage le contrôle, je suis moins en colère, moins angoissée et plus sereine. J’ai clairement ressenti la différence lorsque j’ai arrêté d’insulter mes appareils.

 

4- Le regard des autres

Devoir encaisser le « je suis malade » touche déjà considérablement à notre confiance. Mais le fait de devoir manipuler, utiliser et porter tout ce matériel
en remet une couche. Le regard des autres peut nous terrifier.

 

Va-t-on me regarder bizarrement ? Serais-je finalement défini.e que par ça ? Va-t-on me poser des questions ? Comment préserver ma féminité / masculinité ? Pour un enfant, il arrive même qu’il se demande si ses copains voudront toujours être ses amis…

C’est quelque chose de fort, qu’il est normal de ressentir, mais auquel il faut faire attention pour ne pas se laisser pourrir la vie.

Emprisonnés dans un préjugé

Et vous savez ce qui n’aide pas non plus ? La représentation complètement faussée que les non
diabétiques ont de cette maladie. Lorsque les gens entendent « Diabète », il y a une banalisation de la pathologie, comme s’il suffisait simplement qu’on se reprenne en main et arrête de manger n’importe quoi. Le grand public ne connait pas les différents types, et encore moins les aspects techniques qui mettent en pièce ce genre de préjugés. Pour eux, on est coupable.

 

Sans même avoir à le verbaliser, ils nous font ressentir ce jugement. Et on pourrait presque se sentir honteux, comme si c’était de notre faute…

Il n’y a qu’une solution à cela : communiquer, informer, sensibiliser et corriger.

Glamouriser le Diabète

Depuis pas mal d’années maintenant, il existe des moyens pour donner un peu de couleur à son Diabète. Dé-médicaliser son matériel, le rendre plus festif et davantage l’intégrer à notre quotidien.

Je parle bien sûr des stickers pour capteurs, pompes, appareils de glycémie, des coques d’Omnipod, des jolies pochettes de rangement optimisée pour les diabétiques, etc.

Ils constituent également un prétexte pour briser la glace et échanger autour du Diabète. « C’est quoi cette licorne sur votre bras ? », « Elle est trop belle votre pochette, mais c’est quoi qui dépasse ? ».

Gisèle : J’ai des amies qui me suivent sur les réseaux sociaux, et elles me font souvent la blague « Gisèle, sérieux, des fois, on regretterait presque de ne pas être diabétique pour pouvoir porter tous ces accessoires ». Évidemment, à ne pas prendre au premier degré. Mais je préfère largement ce genre de discours que le bon vieux « Je trouve que tu manges très sucré pour une diabétique ».

Et il y a mon coach de boxe. À chaque fois que j’arrive avec une nouvelle ceinture, un stickers, ou un patch sympa, il le remarque immédiatement et me fait un compliment. Je ne vais pas vous mentir, ça me fait immensément plaisir.

Et vous ? Votre Diabète a-t-il changé votre image de vous ?

Laissez-nous un commentaire sur Facebook ou Instagram, ou un message privé ! 😉

Line DUMASDELAGE

Psychologue clinicienne depuis 16 ans et DT1 depuis 20 ans, je me suis dit que mixer les deux pouvait être intéressant. J’ai choisi de développer une spécialité « diabète ».

L’annonce de la maladie est un choc qui n’est pas toujours simple à dépasser. La gestion du diabète est un effort plus ou moins important selon qui nous sommes, à quelle période de notre vie nous sommes, le cheminement que nous avons parcouru depuis l’annonce. Toutes ces périodes peuvent être sensibles et amener saturations, doutes, et épuisement.

Un accompagnement peut être bénéfique !

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