Couverture 2023

spéciale

L’ISPAD est un congrès professionnel autour du Diabète. Ayant rejoint le programme des Dedoc Voices, qui permet aux patients de faire porter leurs voix durant ces grands événements (« Nothing about us without us »), j’ai eu la chance d’assister aux conférences et ateliers.

En savoir plus sur Dedoc Voices.

Peau, Diabète & allergies

CONGRÈS

On signe ce premier article sur le congrès de l’ISPAD avec un sujet ô combien brûlant et peu abordé : les problèmes de peau causés par nos appareils médicaux. Souvent considérés comme « exceptionnels », surtout si votre interlocuteur est un représentant de laboratoire, je vous invite à découvrir le VÉRITABLE état des lieux et les solutions connues à ce jour.

Cet article se repose sur la présentation de Thomas Rustemeyer (Pays-Bas) et de MD Anna Korsgaard Berg (Danemark), lors de la session « The Skin in Times of Diabetes Technology ».

Thomas Rustemeyer

Thomas Rustemeyer est Professeur au Département de dermatologie-allergologie d’Amsterdam University Medical Centers, aux Pays-Bas. Son expertise est reconnue dans le milieu médical avec plus de 300 publications.

Durant sa présentation, il s’est concentré sur la Dermatite Atopique, ses origines et comment la traiter.

Anna Korsgaard Berg

Anna Korsgaard Berg est médecin et chercheuse au Danemark, et cumule 7 années d’expérience dans les complications dermatologiques liées aux technologies pour le diabète, en particulier chez les enfants.

Elle est également à la tête de SKIN-PEDIC, une étude observationnelle multicentrique à laquelle ont participé plus de 15 centres dans le monde et qui vise à étudier la prévalence des complications dermatologiques à l’échelle mondiale.

Un véritable problème

Beaucoup plus de cas qu’admis

Lorsqu’un patient diabétique partage ses soucis d’allergies ou d’irritation de la peau, il entend souvent cette rengaine insupportable : « Oh, ce n’est pas de chance ». On peine parfois à trouver des solutions, alors qu’il ne s’agit pas du tout d’un cas isolé, comme les laboratoires aimeraient bien nous le faire croire. Heureusement, de plus en plus de professionnels de santé sont sensibilisés sur le sujet, et commencent à être plus proactifs.

Sachez que selon les résultats sortis à l’ISPAD, nous sommes 35% à souffrir d’irritations et d’allergies à cause de nos appareils médicaux. C’est énorme.

Une peau si fine

En même temps, on oublie parfois combien l’épiderme est fin et délicat. Pour rappel, son épaisseur est inférieure à 1/10mm. Le collagène dermique est plus épais de 2 bons millimètres, à titre indicatif.

Lors de cette présentation, le Pr. Rustemeyer nous a fait part de plusieurs photos et schémas, afin de nous expliquer que les peaux sensibles ont une barrière de la peau défectueuse, rendant les irritations ou allergies plus fréquentes. Il parle de « Contact Dermatitis », « Atopic Dermatitis » ou « Dermatitis », que je traduirai par « Dermatite Atopique ».

La Dermatite Atopique

Supportez-vous la laine ?

Il a été constaté que les personnes qui supportent mal la laine de mouton sont davantage susceptibles de souffrir de Dermatite Atopique. Pourquoi ? Et bien je vous laisse regarder les illustrations. La laine de mouton n’est pas une fibre lisse, (comparée par exemple au cachemire), et on voit qu’elle présente des sortes d’écailles. Puisque les patients ayant une Dermatite Atopique n’ont pas une barrière de la peau fonctionnelle, les irritations sont fréquentes. C’est ce qu’il se passe avec les peaux sensibles.

Il est donc nécessaire de prendre ce facteur en compte, notamment sur les enfants, pour prévenir les futurs problèmes d’irritations ou d’allergies. Une simple question suffit.

Pour les petits curieux, on parle de barrière de la peau défectueuse car la Filaggrine, qui participe à cette protection, manque souvent à l’appel dans le cas d’une personne à la peau sensible.

Les lignes de la main, c’est scientifique !

Oui, oui, vous avez bien lu ! Il a été observé que les patients qui présentent ces lignes caractéristiques dans la paume de leur main ont 30 fois plus de chance d’avoir des irritations de la peau en portant du matériel médical sur leur peau.

5 choses à savoir

Les réactions se déclarent souvent en quelques heures ou jours.

L’allergie a tendance à être plus large que le contact

Il existe des cliniques spécialisées pour faire des tests

Les laboratoires ne sont pas tenus de déclarer la liste complète de leurs composants.

Du coup… bah aucun labo ne le fait. À quant une loi ?

Dermatite vs Allergies

Une différence parfois difficile à discerner

Il est évident que la marche à suivre est de consulter un professionnel de santé qui maîtrisera le sujet ou vous amènera à faire des tests complémentaires. Mais voici tout de même quelques notions intéressantes :

La Dermatite Atopique est réaction inflammatoire de la peau au contact d’une substance spécifique. Elle se déclare souvent en quelques heures ou jours.

Au contraire, l’allergie peut se déclarer après plusieurs jours ou même plusieurs mois. L’allergie est un dérèglement du système immunitaire provoqué par des allergènes. Les responsables sont les cellules T et non les IgE comme dans le cas d’une Dermatite.

Une dure réalité

Des composants irritants

On trouve de nombreux composants allergènes et irritants dans nos capteurs de glycémie, nos cathéters et pompes à insuline.

Les principaux sont les adhésifs (résine époxy, méthacrylate et colophanes modifiées), les conservateurs, silicones, métal et anti-oxydants.

Vous souvenez-vous des débuts très « allergiques » du Freestyle Libre ? Et bien il a été avéré qu’il s’agissait de l’isobornyl acrylate provenant du capteur Abbott lui-même. (Il n’y en a plus dans le FSL 2).
Je vous laisse lire l’excellent article de Diabète et Méchant sur le sujet.

Le petit coup de gueule

C’est tout de même un sale scandale qu’aucune loi n’existe pour protéger les patients diabétiques des composants irritants et allergènes des pompes et capteurs !

On ne demande pas la lune quoi, juste un minimum de TRANSPARENCE. Mais qu’il y a-t-il dans leurs produits pour que PERSONNE ne veuille communiquer sur le sujet. Moi ça me fait flipper. D’ailleurs, sachez que ce problème ne concerne pas que le Diabète : on ne sait toujours pas de quoi est composé nos basiques petits pansements. Ouai, ouai, on marche sur la tête.

Bref, passons aux solutions !

Les différents types de réactions

lipodystrophie & Lipoatrophie

Les Lipodystrophies sont souvent des réactions à l’insuline, mais il peut aussi s’agir des conservateurs présents dans l’insuline. On constate une hypersensibilité et une absorption inégale de l’insuline. Cela peut arriver dans le cas du port de cathéter ou de pompe à insuline patch.

Les infections

Les infections étaient bien plus fréquentes il y a une vingtaine d’années. Probablement car depuis, nous avons amélioré nos procédures d’hygiène, ou la conception même du matériel médical.

Les blessures

On parle de simples blessures lorsqu’il y a une irritation après avoir retiré l’adhésif, ou s’il y a eu un choc pendant le port de l’appareil. On note alors une blessure, et parfois des cicatrices par la suite.

Allergies & Dermatite Atopique

Je ne m’attarderai pas dessus, puisque toute la première partie de l’article leur a été dédié.

Les bons gestes

Évitez les désinfectants et l’alcool avant application car cela irrite la peau. Privilégiez l’eau et le savon.

Appliquez une solution grasse pour retirer l’adhésif, et soyez doux : n’arrachez pas tout.

Faites au mieux pour varier les zones de pose et laisser votre peau respirer et se regénérer.

Consultez un professionnel

L’utilisation de crème à base de cortisone a été évoquée durant la présentation, mais cela implique la surveillance et la validation d’un professionnel de santé, surtout dans le cas d’un enfant.

De plus, notez qu’il n’est pas du tout recommandé d’appliquer de la cortisone en continu, aussi, il s’agit davantage d’une solution dernier recours pour aider la peau  à aller mieux que d’une solution long terme.

Les bons plans

Une crème riche en Céramides

Lors de sa présentation, le Pr. Rustemeyer a évoqué l’utilisation d’une crème riche en céramides pour aider la barrière de la peau. Il n’a pas précisé de marque en particulier (parce que c’est un mec bien) mais a précisé que la crème devait être sans parfum ni conservateurs et riche en céramides. Ce genre de crème n’est pas hors de prix, par ailleurs.

Cela va de soi, mais n’hésitez pas à vous hydrater et prendre soin de votre peau car si elle est déjà fragile avant de commencer, cela compliquera les choses.

 L’utilisation des sous patchs

Saviez-vous que 22% des patients diabétiques utilisent des patchs en dessous de leur capteur de glycémie ?

En attendant que cette données fassent tilter les laboratoires (ou plus vraisemblablement qu’une loi les oblige à faire attention), vous pouvez chercher une marque qui en vend pour cet usage spécifique, ou les faire vous-même avec des pansements ou patchs pour les ampoules.

Je pose ça ici, mais Capteur Protect et très bientôt Diabsfollow en proposent pour pompes patch et capteurs, et ce sont deux marques françaises.

Il existe aussi des solutions à appliquer avant la pose de son capteur ou de sa pompe patch et qui ont des propriété « protection et barrière de la peau ». Je connais des personnes qui font tout : solution type Skin Prep, un underpatch et enfin leur capteur de glycémie. Le tout, sans oublier de bien s’hydrater et varier les zones !

Nous voilà à la fin de cet article un peu long mais que j’ai pensé riche et intéressant. J’étais ravie de pouvoir vous retranscrire ces informations. J’espère que cela vous aura aidé !

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